Cette question est rarement posée de cette manière simple. Elle est pourtant pertinente et peut nous aider à aborder le sujet de manière efficace et positive. Car en général, on se contente de chercher des coupables. Chacun n'a pas trop de mal à trouver le sien : le capitalisme, la démographie, les entreprises, le culte du profit, le poids trop lourd de l'Etat, une politique monétaire trop restrictive, des impôts ou des charges sociales trop lourdes, la mondialisation, le corporatisme, les syndicats, …et bien souvent, les chômeurs eux-mêmes. Cette liste, déjà longue, à la fois variée et contradictoire, tant sont nombreuses les opinions en la matière, pourrait aisément être allongée. Chacun y va de son explication, de l'explication qui le dérange le moins, ou lui donne une illusion de clarté et de simplicité face à un phénomène complexe, qui donne le sentiment de nous dépasser et qu'il est tentant de ramener à une ou deux données simples. Une chose est pourtant certaine : Toute personne qui réduit le chômage à une cause, et sa solution à une mesure, ne peut que se tromper. Si le chômage est un fait économique et social qui traduit les dysfonctionnements et incohérences de la société, comment pourrait-il se ramener à une seule cause, à un seul mécanisme ? Et d'ailleurs, la nature du chômage varie dans le temps, celui d'aujourd'hui n'est pas celui du 19ème siècle, et celui de demain, s'il perdure, sera encore différent. D'un autre côté, il serait tout aussi fâcheux de faire de la complexité, si facilement invoquée, la bonne excuse de la paresse intellectuelle, de l'impuissance ou du manque de volonté. C'est vrai que le chômage, qui varie dans le temps et selon les lieux, est le produit de facteurs multiples. Mais il n'a rien de fatal. Certaines sociétés, certaines économies ont su -savent encore- l'éviter et utiliser pleinement leur potentiel productif. Certes, dans une économie de marché, le chômage frictionnel, le chômage de transition, de courte durée, correspondant au passage d'un emploi à un autre pour suivre les mutations de l'appareil productif, est difficilement évitable. Mais il n'est pas trop grave s'il a pour perspective, à bonne échéance, un autre emploi. En revanche, le chômage de longue durée, de plusieurs années, un chômage d'une durée moyenne élevée, le chômage incertain, sans perspectives assurées ou même douteuses, ressenti comme tel, et correspondant à une insuffisance quantitative d'emplois, ce chômage-là, qui mine la société, n'a rien de fatal. Entre le simplisme inefficace et la complexité désespérante, y a-t-il une approche qui permettrait de prendre la mesure du phénomène de façon claire et susceptible d'éclairer utilement l'action ? Voilà ce qui vaut la peine d'être tenté, et ne l'a pas été si souvent que cela. Et pourtant, une vision " holiste " du chômage et de l'exclusion est plus que nécessaire en cette période dite de globalisation. En y réfléchissant, il m'a semblé que c'est en identifiant successivement quatre niveaux différents de responsabilité que l'on pouvait tenter de répondre à ce défi. Il y a lieu, en effet, d'intégrer, chacun dans leur ordre, des facteurs différents :