Depuis le début des années 1990, les Organismes
Génétiquement Modifiés (OGM) se sont largement répandus (ils existaient
avant) sous la forme d'abord de microorganismes (bactéries, virus,
levures) GM, puis de Plantes Génétiquement Modifiées (PGM), principalement
aux Etats-Unis, au Canada et en Argentine, puis, plus récemment,
dans un certain nombre de pays émergents comme la Chine, le Brésil,
Inde... En Europe, les OGM ont fait l'objet d'une réglementation
importante en 1990, avant même leur introduction commerciale qui
date de 1996. Objet d'intenses polémiques scientifiques et commerciales,
ces PGM soulèvent beaucoup de questions auxquelles il est difficile
d'obtenir des réponses claires.
La question est souvent posée "pour ou contre les OGM ?". Le "débat"
essaie alors de faire une balance simple entre les avantages et
les inconvénients des PGM. Mais peut-on répondre par un "oui"
ou par un "non" à cette seule balance ? Ne faut-il pas aussi
voir si d'autres techniques ou pratiques ne peuvent à moindre
risques et/ou à moindre coût résoudre les mêmes problèmes ? Enfin,
d'autres dimensions s'imposent: ainsi les questions éthiques et
le principe de précaution sont aujourd'hui des éléments fondamentaux
d'un véritable débat sur les OGM. La question "pour ou contre"
ne semble donc pas pouvoir être tranchée simplement et il convient
de l'aider à mûrir par un débat qui présente et croise les arguments.
Ce dossier effectue un tour d'horizon des arguments sur cette
problématique, détaillant sur les différentes dimensions le "Pour"
et le "Contre".
| Qu'est ce qu'une PGM, comment
sont-elles fabriquées, quelles sont leurs caractéristiques
? |
Une Plante Génétiquement Modifiée est une plante
dont le génome a été manipulé, par insertion d'un "gène" non présent
naturellement.
Ce gène est en fait une construction génétique qui, elle-même,
n'existe pas naturellement : il confère à la plante une nouvelle
caractéristique souhaitée par les chercheurs et les industriels.
Le gène d'intérêt intégré dans cette construction peut provenir
d'autres organismes : bactéries, virus, levures, plantes ou animaux.
La fabrication de PGM a été rendue possible grâce aux progrès
des techniques de biologie moléculaire au cours du dernier quart
du XXème siècle. Le génie génétique permet d'intervenir directement
sur la molécule d'acide désoxyribonucléique (ADN), support de
l'information héréditaire pour l'ensemble des êtres vivants.
La capacité d'isoler des gènes et de les transférer d'une espèce
à une autre permet de produire des organismes vivants possédant
une combinaison de caractères nouveaux qui n'aurait pu naturellement
exister.
Pour
mieux comprendre la transgénèse, vous pouvez accéder à un schéma
synthétique.
En 2004, le soja, le maïs, le coton et le colza transgéniques
ont représenté 99 % des surfaces cultivées. La tolérance aux herbicides
- par exemple, un colza roundup ready tolère sans flétrir des
doses létales de roundup - et la production d'insecticides par
la plante (il s'agit des plantes Bt) constituent les caractères
nouveaux conférés à la quasi-totalité des plantes transgéniques
commercialisées dans le monde encore aujourd'hui. Le soja tolérant
à l'herbicide est la première culture concernée, suivie par le
maïs insecticide Bt.
Les autres caractères cibles sont par exemple la résistance aux
virus (tomate, tabac, courgette, haricot…) ou la richesse en acide
laurique permettant d'améliorer la qualité de l'huile de colza.
Toutes les autres modifications, telles la tolérance au sel, à
l'aridité, l'amélioration gustative ou celle de la lignine des
arbres, n'en sont qu'au stade expérimental et risque de le rester
longtemps, car les biologistes ont du mal à créer des PGM mobilisant
plusieurs gènes.
| Les OGM mis en culture, les
OGM commercialisés dans l'alimentation humaine et animale |
Une progression de 20% des surfaces : qui cultivent vraiment des
OGM ?
Dans la présentation de son rapport, l'ISAAA note que parmi les
quelques 8,25 millions d'agriculteurs, 90% vivent dans des pays
en développement. Or, parmi ces pays en développement, l'ISAAA
inclut l'Argentine et le Brésil qui possèdent des exploitations
agricoles de plusieurs milliers d'hectares. D'autre part, en terme
de surface, on se rend compte que l'Amérique du Nord cultive 65%
des OGM et l'Amérique du Sud, 28%. Et il paraît curieux de comparer
des structures agraires (et donc des nombres de paysans) qui n'ont
rien en commun.
| |
2004* |
2003* |
Évolution |
| Etats-Unis |
47,6 (59) |
42,8 (63) |
+11 |
| Argentine |
16,2 (20) |
13,9 (21) |
+17 |
| Canada |
5,4 (6) |
4,4 (6) |
+23 |
| Brésil (1) |
5 (6) |
3 (4) |
+66 |
| Chine |
3,7 (5) |
3 (4) |
+32 |
| Paraguay |
1,2 (2) |
Première année |
|
| Autres |
1,9 (3) |
0,6 (2) |
+50 |
| TOTAL |
81 (100) |
67,7 (100) |
+20% |
* en millions d'hectares (et % de la surface mondiale totale)
1 - Les semis de soja étant en octobre, il s'agit de la saison
2004/2005 et 2003/2004.
Autres pays (en millions d'hectares) : Inde (0,5), Afrique du
Sud (0,5), Uruguay (0,3, soit +200%), Australie (0,25), Roumanie
(0,1), Mexique (0,075), Espagne (0,054), Philippines (0,02), Colombie
(0,02), Honduras et Allemagne.
Soit 17 pays sur 198 (d'après l'UEAF). www.isaaa.org, 2005.