| La responsabilité des demandeurs
d'emploi eux-mêmes |
Les demandeurs d'emploi eux-mêmes ne sont pas
sans influence sur leur situation, et cela même lorsqu'il y a
pénurie quantitative d'emplois.
Pourquoi ?
Parce que l'emploi n'est pas, en économie de marché, un bloc stable
: chaque année, en France par exemple, 3 à 4 millions de contrats
de travail s'interrompent (par départ en retraite, fin de CDD
ou d'intérim, ou du fait de licenciements collectifs ou individuels),
et 3 à 4 millions d'embauches se manifestent, sous des formes
variées (un peu plus ou un peu moins que les "décrutements" selon
les années).
Il y a donc en permanence des opportunités
sur le marché du travail, même si celui-ci est globalement déficitaire
par rapport aux besoins de la population.
Mais plus ce déficit est grand, plus la concurrence est forte
pour l'accès au bien rare de l'emploi, et plus il y a risque,
pour ceux dont les capacités sont jugées moins performantes, d'avoir
une mauvaise place dans la file d'attente.
Il y a des opportunités, mais nul ne sait si et quand il trouvera,
et les erreurs d'appréciation, positives (bonne surprise), ou
négatives (échec non prévu) sont fréquentes, entraînant un stress
réel au fur et à mesure que l'indemnisation baisse et que les
ressources se réduisent. Selon que la recherche d'emploi est active
ou non, selon qu'il y a capacité ou non à changer de métier ou
de domicile, à suivre ou non une formation, à lancer ou non un
projet, selon que les minima sociaux rendent peu attractive ou
non une reprise d'emploi, l'impact sur le niveau de chômage ne
sera pas le même. De là à ce que l'ensemble du problème puisse
être traité à ce seul niveau, il y a un pas à ne pas franchir,
et qui l'est parfois de manière abusive et inconsidérée.
On l'a dit, même sur un marché du travail déséquilibré,
les occasions d'embauche sont nombreuses. Mais elles sont d'autant
plus sélectives que le marché est déséquilibré.
Il convient donc que la recherche d'emploi soit dynamique, créative,
adaptative et qu'elle ne se laisse pas progressivement dévitaliser
par les déceptions successives.
Or, ce risque est réel.
On ignore trop que chercher un emploi est plus difficile qu'occuper
un emploi : plus de repères, obligation de plaire, de s'adapter,
de changer, de bouger.
On demande plus à un demandeur d'emploi qu'à un salarié, et cela
à un moment où il est psychologiquement fragilisé, et où ses ressources
s'amoindrissent.
Le risque de découragement est réel et compréhensible,
fût-il exagéré. Il est évidemment auto-réalisateur. Ce risque
est mal compris des autres, qui, du coup, jugent et stigmatisent
les chômeurs, ce qui accroît le phénomène de repli. Les demandeurs
d'emploi ont d'abord besoin d'être compris, soutenus, aidés à
franchir une passe difficile.
Ce sont les conditions préalables à toute exigence à leur égard,
conditions mal respectées souvent.
D'où la
question posée plus haut du lien social, mais qui ne doit pas
non plus conduire à exonérer chaque demandeur d'emploi de sa responsabilité
individuelle, qui, elle aussi, a sa part. Tout est une question
d'équilibre, de mesure.
On voit bien d'ailleurs le continuum avec
les niveaux précédents : ainsi un lien social actif et ouvert,
non emprisonnant, soutenant l'initiative, facilitera une recherche
d'emploi active ; ainsi le système institutionnel du deuxième
niveau sera-t-il plus ou moins cohérent avec ce qui est prescrit
aux demandeurs d'emplois : soit jouer franchement le jeu du marché
et la création d'emplois nombreux, à bas prix et de moins bonne
qualité si l'on veut mettre l'accent sur la responsabilité individuelle,
soit accepter une certaine contrainte collective si on se place
dans une logique de plein emploi de qualité.
Il est donc fondamental, pour construire
une vision et une action cohérente,
d'avoir présent à l'esprit l'emboîtage de ces quatre niveaux.