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   Chômage en France - 3ème niveau de responsabilités

Chômage en France
Qui est responsable ? Un exemple de solution concrète

Par Jean-Baptiste de Foucauld
Président de Solidarités Nouvelles face au chômage et ancien commissaire au Plan


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  Le rôle constructeur du lien social et du capital social

La densité de capital social, d'entourage, de lien social qui entoure les demandeurs d'emploi.

Cette infrastructure humaine leur fournit, outre des moyens d'action concrets, des informations économiques, des opportunités, une motivation, un appui moral et amical susceptible de contrer les tendances au découragement et à la dépression qui représente la pathologie naturelle de tout chômage durable.

Là encore, le capital social est plus ou moins bien articulé aux niveaux de responsabilité précédents.

Il peut insuffisamment compenser, voire aggraver les tendances négatives des deux niveaux précédents. En revanche, il peut très efficacement conforter leurs effets favorables et bénéfiques.

Sont visés ici la capacité de présence dans le marché et auprès des chômeurs du service public de l'emploi, l'action d'accompagnement des entreprises, aussi bien lorsqu'elles recrutent et forment que lorsqu'elles doivent licencier et reclasser, le rôle de regroupement et d'appui des organisations syndicales, l'action des élus locaux, du secteur associatif, mais aussi celui de la famille, des voisins, des amis.

Ces liens, s'ils perdurent, compensent la tendance à la dilution provoquée par le chômage (cf. infra). Cette dimension sociologique est souvent négligée par les économistes. Elle est pourtant incontournable.

En un mot, la solidarité peut compenser la violence du marché, à condition qu'elle s'exprime selon les formes adéquates et qu'elle prenne en charge, sous une forme ou sous une autre, les surcoûts que, temporairement, le marché n'accepte pas : soutien de proximité, accompagnement, subvention temporaire à l'embauche, péréquation entre niveau de productivité différent, prise en charge collective, salaire indirect.

Les formes de ce lien social peuvent être variées. L'important est qu'il existe et qu'il s'exprime en prenant en compte les contraintes économiques. Car il ne s'agit pas de nier ces contraintes, ce qui est une tentation de l'action collective qui, dans ce cas, intervient comme un lien social qui aggrave le problème au lieu de contribuer à sa solution. En un mot, il faut renforcer les liens sociaux pour lutter contre le chômage, mais pas n'importe lesquels.

L'expérience citoyenne menée, depuis près de vingt ans maintenant, dans le cadre de Solidarités Nouvelles face au Chômage2 est un exemple de ce type de prise en charge qui peut éclairer les développements qui précèdent.

Solidarités Nouvelles face au Chômage (SNC) regroupe des citoyens, soucieux de lutter contre le chômage en aidant concrètement des demandeurs d'emploi. D'une part, SNC met à disposition des chercheurs d'emploi qui le souhaitent un "binôme" de deux accompagnateurs amis, compagnons de route, qui l'écoutent, l'épaulent, l'aident à réfléchir et à rechercher un emploi. Ces accompagnateurs sont regroupés dans des groupes de solidarité de 5 à 15 personnes qui se réunissent tous les mois, et jouent un rôle de régulation et de soutien vis-à-vis des accompagnateurs, tout en assurant l'interface avec le réseau. Cela suffit souvent à remotiver, à informer et à permettre le retour à l'emploi. Mais pas toujours, faute d'emplois disponibles en quantité suffisante - rappelons qu'il manque à la France deux millions d'emplois afin d'atteindre le plein-emploi -, en raison des discriminations à l'embauche qui frappent certains publics, ou en raison d'une qualification ou d'une productivité trop inférieure aux normes du marché. Dans ce cas, et c'est la seconde "jambe" de l'association, celle-ci finance l'embauche de la personne en difficulté par une organisation sans but lucratif (principalement des associations), pendant un peu plus d'un an, dans la limite du SMIC à plein temps : un emploi - dit "emploi de développement" est créé pour une personne qui va permettre à une association de disposer de plus de moyens pour mieux servir sa cause. A l'issue de cet emploi de développement, soit l'embauche deviendra définitive, soit l'accompagnement se poursuivra, mais avec des bases renouvelées. Ces emplois sont financés par les membres de l'association, qui acceptent ainsi de réduire ou d'orienter autrement (cf. infra) leur épargne ou leur consommation pour que le droit au travail soit effectif. L'association ne demande aucun financement particulier à l'Etat, sinon qu'elle utilise, lorsque c'est possible, les contrats de travail aidés de droit commun.

Il s'agit au fond d'une expérience de mutualisation entre non-chômeurs et chômeurs, entre retraités, actifs et chômeurs, dans le cadre d'une solidarité à la fois géographique (le groupe de solidarité) et intergénérationnelle qui crée une certaine mixité sociale. Il y a partage de temps, de préoccupation et de revenus. Ainsi se crée une forme de solidarité "nouvelle" appropriée, théoriquement, à l'esprit du temps, mais pas si facile que cela à développer, malgré sa relative simplicité de principe.

Cette difficulté même est pleine d'enseignement. En effet, le chômage, souvent, rétrécit les liens, tant de la part du demandeur d'emploi, qui à force de déceptions répétées, finit par redouter les nouvelles occasions d'échec, que de la part des actifs qui, mal à l'aise, ne sachant pas comment aider (ce qui est difficile tant qu'on reste seul) préfèrent se détourner. Le chômage crée de l'évitement et peu à peu un mur d'indifférence se construit. C'est cela précisément qu'il faut casser. Et casser par une action volontaire de formation ou de consolidation d'un lien social qui a tendance à se distendre.

Il y a donc un "devoir d'entourage"3 à créer autour des demandeurs d'emploi qui incomberait aux entreprises, aux services publics, aux collectivités locales, aux associations, aux voisins, aux parents et amis, non pour assister, bien sûr, mais pour accompagner vers l'emploi. Là où il existe, le chômage est mieux supporté, moins long, moins marqué et marquant. Et inversement.

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(2) - cité Bergère, 75009 PARIS. Tél. 01 42 47 13 41. Pour plus d'informations, consulter le site www.snc.asso.fr.
Voir également Jean-Baptiste de Foucauld, Les 3 Cultures du développement humain, résistance, régulation, utopie, chapitre 9.

(3) -Voir Jean-Baptiste de Foucauld et Denis Piveteau, Une société en quête de sens, chapitre 14, Les nouveaux horizons de l'Etat-providence (Odile Jacob, 1995).


 
>>> le livret Agir contre le chômage...